L'histoire d'une
DS au Québec!

L'histoire d'un rêve

L'acquisition de ma Citroën DS ne relève pas d'un coup de tête ou d'une illumination soudaine. C'est le fruit d'une longue et tendre histoire entrecoupée de pauses imposées par la vie. Si le coeur vous en dit, ou si vous êtes insomniaque, certains passages vous feront peut-être sourire. Allez-y voir!

 

Il était une fois...

Oui, toutes les histoires commencent ainsi. J'avais six ans et la passion des voitures me dévorait déjà. Pourtant né dans une famille qui ne cultivait pas l'amour de la mécanique, je fus immergé très tôt dans l'exotisme de l'art européen et paticulièrement français. C'était en 1962 et mon père fit l'acquisition de sa première voiture. Les finances familiales ne permettant pas à l'époque de se payer une voiture neuve, mon père chercha pendant plusieurs mois l'« occasion ». Tâche difficile s'il en fut puisqu'à ce moment-là le marché de la voiture « usagée » demeurait un secteur risqué: le climat rude des hivers Québécois faisait de l'acquisition d'une voiture de seconde main en état de rouler une aventure périlleuse. Qu'à cela ne tienne, mon père était résolu à trouver la bonne affaire en fonction de son budget

Son dévolu se jeta donc sur une Peugeot 403 1961 dont j'ignore le millage (oui, au Québec à cette époque on navigue encore dans le système impérial...) voiture que le propriétaire d'alors, un représentant de commerce, ne trouvait pas assez puissante à son goût (pourtant... 65 chevaux!). Rappelez-vous qu'à l'époque, on nage littérallement dans les grosses cylindrées américaines et que l'essence coûte 0,40$ le gallon (0,09€ le litre, oui oui, la décimale est au bon endroit!).

Or, en 1962, pour acheter une voiture française au Québec, il fallait répondre à l'une ou l'autre (ou les deux...) des deux conditions suivantes: être Français installé au Québec ou être une excentrique. Mon père faisait essentiellement partie de la deuxième catégorie. Des voitures, Il ne connaissait alors que les quatres roues et le volant. Le moteur? Sans doute. D'ailleurs, au moment de l'achat, il a 32 ans et n'a pas encore son permis... Il prend donc la notice d'entretien de la Peugeot et apprend par coeur chacune des pages, histoire de ne pas avoir l'air trop idiot lors de sa première visite chez le mécano. Mal lui en pris puisque voulant montrer sa science, il dut traduire la phrase suivante: « Pouvez-vous jeter un coup d'oeil à l'essuie-glace de droite car je crains qu'il abîme le pare-brise » par « Peux-tu r'garder l'wiper à droite parce que j'pense qu'y va grafigner l'windshield! ». Encore une fois, souvenez-vous que nous sommes en 1962 et que si le Canada est (partiellement) français, l'industrie automobile nord-américaine est, elle, totalement anglo-saxonne.

Souvenirs des années '60

De cette Peugeot, ce dont je me souviens le plus, c'est la trappe à essence sous le feu arrère et les pneus à flancs blancs (très larges) que je me plaisais à laver avec acharnement en utilisant du récurant et une brosse à plancher. J'ignore encore aujourd'hui si cela était dangereux pour la vie du caoutchouc, mais c'était très efficace.

École, voyage, pique-nique, camps scouts avec 11 jeunes à bord (pas de ceintures de sécurité à l'époque et, à bien y penser, pas de sécurité non plus...), la Peugeot est la fidèle compagne de tous les jours. Moment très mémorable, c'était en 1967. J'avais 10 ans et c'était l'année d'Expo 67, l'Exposition universelle de Montréal. Pour nous, c'est le monde entier dans notre cour. C'est la fête! Même les plaques d'immatriculation, que l'on change anuellement à cette époque, arborent la marque de l'expo. Or, nous restons à 150 km de Montréal, une autoroute toute neuve nous montre la route au bout du monde, mon père n'allait pas laisser passer l'occasion de participer à ce moment historique. Allez! Hop! Juillet, les vacances, la p'tite famille dans la voiture, les provisions et... de l'eau à profusion. Pourquoi? Pour la Peugeot qui a vraiment soif et qui doit se désaltérer à tous les péages. Mon père ne la ménage pas. Les limites de vitesse sur l'autoroute sont alors théoriques et mon père ne ralentit que lorsque le témoin de surchauffe s'allume. Elle ne le sait pas encore, mais la 403 parcourt ses derniers milles... Et à l'hiver 1967-1968, mon père doit se résoudre à la laisser au garage: joint de culasse à changer, plus de marche arrière et, surtout, plus de plancher à l'avant... R.I.P.

Une Coccinelle pour quatre personnes,
une DS pour un instant!

Janvier 1968. Après deux mois de transport en commun, mon père se résout à acheter une coccinelle. « C'est amplement suffisant pour nos besoins! ». Ça parait que c'est pas lui qui monte derrière... Il la gardera six ans jusqu'en 1974 ou il tombera (oui, oui « tomber »...) dans la soupe américaine. Mais, ça c'est une autre histoire...

De mon côté, la passion des voitures ne s'estompe nullement. Nous sommes en 1973, j'ai seize ans et ma chambre est littéralement tapissée de photos sorties de magazines et de nombreux dessins et croquis de mon cru. Parmi ceux-ci, vous vous en doutez, un dessin d'une Citroën qui fait 1 mêtre 30 sur 2, réalisé au crayon et à la gouache. Il fait l'envie de mes copains, quoique que le « sujet » soit discutable à leurs yeux...

Puis le voisin, qui possède une DS 1969 décide de la mettre en vente. Je la vois passer régulièrement devant chez moi avec la petite affiche collée sur la glace arrière. J'apprendrai beaucoup beaucoup plus tard qu'elle est probablement vert charmille et le toit gris nacré (Merci au Dr Danche ). Un jour, j'obtiens le « privilège » d'y monter, mais pas de la conduire. Sublime moment: le volant monobranche, le « champignon » de frein, le siège moelleux... Je suis séduit. Un soir, j'émets l'hypothèse saugrenue de l'acquérir, histoire de mettre à profit mon sens artistique, mes talents de bricoleur et d'utiliser mon trop plein d'hormones à des fins créatives (dixit mon père!). Réaction de désapprobation du partenel qui n'y voit qu'un amoncellement de pièces et une carcasse rouillée qui viendront enlaidir son aménagement paysager. Et, argument massue: « Où vas-tu prendre les 475$? ».

L'année suivante, je devrai me contenter d'une mobylette neuve pour 400$! Au moins, ça roule, c'est pas rouillé et c'est français!

L'intermède

Le temps coule. Les études, le travail, les copines... Enfin la vie, quoi! Le gars conserve sa passion tranquille des voitures et décide de restaurer, en 1985, une Coccinelle de 1972, comme celle que son papa avait achetée pour remplacer la 403 agonisante en 1968. Je vous épargne les détails, mais l'exercice fut profitable puisqu'il ne me coûta, à proprement parler, pas un rond. Deux Cox pour n'en faire qu'une, un moteur réusiné (pas par moi, vous vous en doutez...), quelques bricoles, un copain qui l'utilisa pour s'entraîner à l'art de la peinture automobile et une bonne dose de témérité ont fait que je m'en suis sorti sans trop de mal. Je la revends en 1995 pour un prix tout à fait convenable.

Le temps passa encore... Déménagement, vie familiale, responsabilités professionnelles, toutes les choses qui passent en priorité. Le fric était, bien entendu, un facteur déterminant dans le calme relatif de mes velléités automobiles.

Quand la mêche fume encore...

Mai 2006. Attablé avec mon frère aîné (le seul d'ailleurs...) devant quelque bière pas très froide et toujours vide, il me raconte qu'il est allé, avec un copain bricoleur et amoureux des mécaniques anglaises, à une expo locale de voitures anciennes. Il souligne qu'il y a vu une magnifique Citroën SM 1972 dans un état de conservation remarquable. « Super, cette voiture, avec le volant qui revient au centre tout seul!... », me dit-il. Je l'écoute distraitement. Mes pensées sont ailleurs... Et si c'était le temps? Humm... Comme disais feu mon père, « C'est pas parce que y'a d'la neige su'l'toit qu'y'a plus de feu dans l'âtre! ». Je me sens revenir 30 ans en arrière. Le feu couve.

De retour à la maison, je fais le tour de ma « fortune » personnelle (j'insiste sur le mot fortune, résultat fortuit de sommes disparates oubliées ça et là...). Humm... Moment de réflexion... Trente secondes.... C'est décidé, je cherche!

Ainsi commence ma « vraie » quête pour la DS de mes rêves... et de mes souvenirs

L'aventure